La Niña est officiellement terminée. Tous les indicateurs principaux d'ENSO (El Niño-oscillation australe) sont actuellement neutres, d'après le Australian Bureau of Meteorology. Les modèles climatiques examinés par le bureau indiquent que l'océan Pacifique tropical continuera peut-être de se réchauffer au cours des six prochains mois, et certains modèles (pas tous) montrent que les températures approcheront ou dépasseront les seuils El Niño durant la deuxième moitié de cette année. Aucun modèle ne laisse actuellement entrevoir un retour à La Niña.
El Niño est un phénomène de réchauffement des eaux de surface dans les parties orientales et centrales de l'océan Pacifique, en particulier le long de la côte sud-américaine. Il peut causer des tempêtes dans l'océan Pacifique et faire diminuer le nombre de tempêtes dans l'Atlantique.
La semaine dernière, le Climate Prediction Center (CPC) des États-Unis a affirmé que l'épisode La Niña était terminé et qu'il est improbable qu'il se développe à nouveau cette année. Le CPC a aussi indiqué qu'au moins la moitié de ses modèles dynamiques annonçaient qu'El Niño – auquel sont associées des probabilités de pluie accrues pour l'Amérique centrale – risque de s'installer au cours de la saison de croissance 2012.
La météorologue Gail Martell de MartellCropProjections.com indique que les conditions arides dans les Prairies canadiennes se sont résorbées à mesure que La Niña s'est affaiblie. Les chutes de pluie récentes ont été environ deux fois plus abondantes que la normale dans le Centre de l'Alberta et de la Saskatchewan, mettant fin à la sécheresse et créant un « important surplus d'humidité ». Selon Mme Martell, les conditions d’humidité du sol sont plus élevées en Saskatchewan.
« Le changement soudain des conditions météorologiques - de sèches à humides - indique que la fin de La Niña en a peut-être été la responsable, indique Mme Martell. Un régime de tempête actif s'est développé dans l'Ouest canadien à partir d'un courant-jet soudainement fort qui a engendré des séries d'averses. »
Parallèlement, la tendance au réchauffement des eaux côtières le long du littoral pacifique de l'Amérique du Sud et de l'Amérique du Nord entraîne généralement un réchauffement atmosphérique sur la plus grande partie du Canada. Le réchauffement le plus marqué touche surtout le Manitoba et l'Ouest de l'Ontario, où l'on observe une anomalie de température atteignant jusqu'à +3 degrés Celsius (calculée sur la base de la moyenne des neuf derniers épisodes El Niño). Dans le Sud du Canada, les conditions sont aussi généralement plus sèches durant un épisode El Niño parce que l'humidité (la trajectoire de la tempête) se maintient encore plus au sud.
Si El Niño se développe plus tard cet été - ce qui est incertain à l'heure actuelle - étant donné son arrivée tardive et sa légère intensité, il ne devrait pas avoir une influence marquée sur le résultat de la récolte cette année.
Drew Lerner, météorologue de la société World Weather Inc., à Overland Park, au Kansas, indique que l'arrivée d'El Niño, le cas échéant, ne modifiera pas beaucoup ses prévisions actuelles.
« Si El Niño s'installe, il renforcera nos prévisions, et nous donnera des températures un peu plus douces cet été. Et il amènera probablement aussi des chutes de pluie, explique M. Lerner. Nous prévoyons beaucoup de pluie cet été, et ce, qu'El Niño soit là ou pas. »
M. Lerner prévoit qu'El Niño se développera plus tard pendant l'été. Cependant, il pourrait influencer les régimes climatiques plus tôt. « Si nous commençons à nous diriger vers un épisode El Niño, cela influence parfois les régimes climatiques même si la venue d'El Niño n'est pas officielle », explique-t-il.
Selon M. Lerner, les signes indiquent qu'il y aura un bon équilibre des conditions pluvieuses et ensoleillées et que le rendement des cultures devrait être moyen, voire supérieur à la moyenne. « Je pense que, pour l'essentiel, ce sera une bonne année de production, déclare M. Lerner. La plus grande préoccupation, à mon avis, est qu'une trop grande nébulosité et des températures fraîches entraînent une accumulation plus lente d'unités thermiques de croissance et, par conséquent, un développement végétatif plus lent. Donc, la maturation des cultures pourrait être un peu retardée. »
M. Lerner recommande aux cultivateurs de semer tôt pour s'assurer d'obtenir des rendements meilleurs que ceux de l'année dernière. « En 2011, les conditions ont été si humides que nos semis ont été peu abondants. Une grande partie de l'Est des Prairies n'a jamais été ensemencée, rappelle M. Lerner. De ce seul point de vue, donc, nous connaîtrons une bien meilleure année parce que nous allons ensemencer au moins deux tiers de cette superficie. »
Cependant, les prévisions ne sont pas réjouissantes pour tout le monde. Les champs de certains cultivateurs sont encore saturés d'eau à la suite des inondations de la saison dernière. Par conséquent, les producteurs de ces régions ne pourront peut-être pas effectuer leurs semis.
« Une portion du Sud-Est de la Saskatchewan et quelques autres régions aléatoires sont encore en proie à un surplus d'humidité. Le sol y est complètement saturé, donc l'eau ne peut s'infiltrer dans le sol et elle doit s'évaporer, mentionne M. Lerner. Dans ce contexte, si la fréquence des chutes de pluie demeure assez élevée dans ces régions, certaines de ces étendues seront encore trop humides pour être ensemencées cette année. »
Si El Niño se développe pleinement, dit M. Lerner, ce ne sera probablement pas avant que la saison de croissance soit terminée dans les Prairies canadiennes.
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